13 Aug
13Aug

Quand on pense à la guérison — qu’elle soit liée à un chagrin d’amour, un traumatisme, une perte ou un épuisement professionnel —, on l’imagine souvent comme un chemin direct et prévisible.

Jour après jour, on s'imagine aller mieux, se sentir plus léger, laisser la douleur derrière soi. C'est une belle image : plus le temps passe, plus on s'éloigne de ce qui nous a blessés. Mais la vraie guérison ? C'est rarement aussi simple.


Le mythe de l'ascension sociale

Il est tentant de croire que les progrès seront réguliers et progressifs, que chaque jour sera meilleur que le précédent. C'est le genre d'histoire de guérison que l'on voit au cinéma : des montages où la musique triste s'estompe, le soleil se met à briller et tout s'éclaire. Dans la réalité, le parcours est bien moins cinématographique. Certains matins, on se réveille plein d'énergie, l'esprit clair, voire d'espoir. Puis, une semaine plus tard, une pensée fugace, un lieu familier ou une chanson à la radio suffisent à nous replonger dans le chagrin ou l'anxiété. C'est brutal. On a l'impression d'avoir échoué. Mais voici la vérité :

Ce n'est pas un échec, c'est la façon dont les humains gèrent la douleur.


À quoi ressemble la guérison « non linéaire »

La guérison non linéaire est pleine de contradictions :

  • Vous pouvez rire avec des amis et vous sentir vide cinq minutes plus tard.
  • On peut passer des mois sans pleurer et puis craquer soudainement au supermarché sans raison apparente.
  • On peut se sentir « remis » une semaine et à vif la semaine suivante.

Et rien de tout cela ne signifie que vous repartez de zéro. Vous ne perdez pas le fil de vos progrès. Vous traversez un cycle d'intégration. Voyez les choses ainsi : la douleur ne disparaît pas d'elle-même ; elle s'intègre à votre vie de manière de plus en plus subtile jusqu'à ne plus dominer vos journées. Parfois, ces vieux souvenirs ressurgissent et vous les ressentez plus intensément. Ce n'est pas une régression ; c'est un rappel de la profondeur de ce que vous avez vécu.


La pression pour « passer à autre chose »

L'un des aspects les plus difficiles de la guérison est le calendrier invisible que nous nous imposons — ou que les autres nous imposent.

  • « Ça fait six mois, tu devrais aller bien maintenant, non ? »
  • « Vous ne pouvez pas parler de ça indéfiniment. »
  • « N'es-tu pas prêt à passer à autre chose ? »

Parfois, ces mots viennent d'amis bien intentionnés, mais mal à l'aise face à une souffrance prolongée. Parfois, ils viennent de votre propre voix intérieure, lasse de vous sentir accablée et désespérée de retrouver un sentiment de normalité. Mais les émotions ne sont pas soumises à des échéances. Il n'y a pas d'horloge qui compte les jours avant que vous ne soyez « guéri(e) ». Tenter d'accélérer votre guérison ne fait qu'enfouir la douleur plus profondément, la prolongeant et l'intensifiant.


Mesurer les progrès différemment

La guérison n'étant pas un processus linéaire, on ne peut la mesurer uniquement à la fréquence à laquelle on se sent bien. Il faut plutôt rechercher des signes plus discrets et subtils :

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